Économie Locale
FILIÈRE DE LA NOIX DE COLA À DANANÉ : UNE RICHESSE LOCALE FRAGILISÉE PAR L'INSÉCURITÉ ET L'INSTABILITÉ DES PRIX
Pilier discret de l’économie rurale à Danané, la filière de la noix de cola traverse une période critique. Entre prix instables, enclavement des zones de production et recrudescence des vols dans les plantations, les producteurs peinent à tirer profit de cette culture traditionnelle. Enquête au cœur
C
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Journaliste
13 December 2025
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Dans le département de Danané, à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, la culture de la noix de cola constitue une activité essentielle pour de nombreux ménages ruraux. Présente dans plusieurs villages de la zone forestière, cette filière, à la fois économique et culturelle, permet aux producteurs de faire face aux dépenses courantes. Cependant, sur le terrain, la réalité est bien plus complexe et préoccupante. DES PRIX AU VILLAGE PEU RÉMUNÉRATEURS À Danané, la noix de cola se vend actuellement autour de 300 francs CFA au village. Un prix jugé insuffisant par les producteurs, surtout dans un contexte de hausse du coût de la vie et de difficultés d’exploitation. En période de pénurie, le prix peut atteindre 500 francs CFA, mais cette hausse reste ponctuelle et dépend largement des acheteurs et des intermédiaires. La filière souffre surtout de l’absence d’un prix fixe. Les producteurs n’ont aucun repère officiel pour défendre leur …
Dans le département de Danané, à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, la culture de la noix de cola constitue une activité essentielle pour de nombreux ménages ruraux. Présente dans plusieurs villages de la zone forestière, cette filière, à la fois économique et culturelle, permet aux producteurs de faire face aux dépenses courantes. Cependant, sur le terrain, la réalité est bien plus complexe et préoccupante.
DES PRIX AU VILLAGE PEU RÉMUNÉRATEURS
À Danané, la noix de cola se vend actuellement autour de 300 francs CFA au village. Un prix jugé insuffisant par les producteurs, surtout dans un contexte de hausse du coût de la vie et de difficultés d’exploitation. En période de pénurie, le prix peut atteindre 500 francs CFA, mais cette hausse reste ponctuelle et dépend largement des acheteurs et des intermédiaires.
La filière souffre surtout de l’absence d’un prix fixe. Les producteurs n’ont aucun repère officiel pour défendre leur production. Ainsi, la cola dépourvue de sa peau peut être cédée jusqu’à 600 francs CFA le kilogramme, un prix qui ne profite pas toujours aux paysans de Danané, souvent contraints de vendre le produit brut, faute de moyens de transformation ou de stockage.
L'ENCLAVEMENT DES ZONES DE PRODUCTION
Dans plusieurs villages du département de Danané, l’accès aux plantations demeure difficile. Les pistes rurales, en mauvais état, compliquent l’évacuation des récoltes, surtout pendant la saison des pluies. Cet enclavement renforce la dépendance des producteurs vis-à-vis des acheteurs qui parviennent à atteindre les villages et imposent souvent leurs conditions.
Résultat : les paysans préfèrent vendre rapidement, parfois à perte, pour éviter les pertes liées au transport ou à la détérioration du produit. À Trodelepleu, village situé à 3 km de Danané, Justin K, producteur de noix de cola exprime son désarroi : << nos plantations sont loin. Les pistes sont mauvaises. En saison des pluies,les acheteurs refusent de venir. Quand ils viennent, ils disent que le transport coûte cher et baissent le prix. Nous sommes obligés d'accepter sinon la cola va pourrir.>>
LE VOL DE NOIX DE COLA, UNE MENACE PERMANENTE
À Danané, le vol de noix de cola dans les champs est devenu un phénomène récurrent. Cette insécurité oblige les producteurs à cueillir précocement, parfois avant maturité, afin d’éviter le passage des voleurs. Cette pratique affecte non seulement la qualité de la noix, mais aussi sa conservation et sa valeur sur le marché.
Pour de nombreux paysans, cette situation crée un sentiment d’abandon et décourage l’investissement à long terme dans la filière.
QUELLE ISSUE POUR LA FILIÈRE COLA À DANANÉ ?
Malgré son potentiel, la filière de la noix de cola à Danané reste peu structurée et peu protégée. Les producteurs appellent à une meilleure organisation, à la sécurisation des zones agricoles et à l’amélioration des pistes rurales. Sans ces mesures, cette culture traditionnelle risque de perdre progressivement sa place dans l’économie locale.
À Danané, la survie et la valorisation de la filière cola passent désormais par une action concertée des autorités locales, des organisations paysannes et des acteurs du marché, afin de transformer cette richesse locale en véritable levier de développement.
Franck Sami
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